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ENSEIGNER DANS UNE CLASSE
Pédagogie avec les eip - Mai 2003

proposé par Laurence Mots

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Dans l’école où sont mes enfants, un accueil spécifique des précoces est en place depuis maintenant dix ans ; et, cette année, s’est ouvert une classe CM1 / CM2 regroupant 21 eip. Leur enseignante, qui est également directrice du primaire, m’a remis pour le journal de l’association de parents d’élèves un texte de réflexion et je lui ai demandé si je pouvais le diffuser ici, car il me semble riche de pistes de débat. Il est convenu qu’elle aura une « compil » de nos échanges -)

Laurence M


Enseigner dans une classe avec des enfants surdoués : mes certitudes, mes doutes, mes interrogations

par Florence Mainoldi
Enseignante en CM1 - CM2 à Sainte Marie Blancarde à Marseille

Premier constat : j’ai dû changer ma façon de travailler en différenciant ma pédagogie…

… Ni plus ni moins que pour les autres enfants qui ont aussi leur spécificité. Cela étant dit, si la différenciation est difficile et compliquée, c’est une pratique sur laquelle je travaille depuis longtemps, dans laquelle je me suis largement investie et que j’essaie de mettre en application.
Mais au-delà de la diversité des entrées pédagogiques et didactiques, au-delà des variations dans les structures organisationnelles de la classe, travailler avec les « zèbres* » demande, en ce qui me concerne depuis 10 ans, une véritable réflexion personnelle sur mes pratiques, mon savoir, ma relation au savoir en général, et sa transmission.
Pour travailler avec ces enfants, j’ai dû accepter d’être bousculée un peu plus dans mes pratiques (je l’étais déjà avant), mes représentations, mes routines pédagogiques et mes certitudes.


Deuxième constat : ces enfants ont d’abord besoin de sens, de logique et de cohérence.

Non dociles par rapport aux tâches proposées, ils ont besoin de savoir pourquoi ils font ce que je leur demande de faire et à quoi cela pourra leur servir. Ils sont très réfractaires aux activités répétitives qui pour eux sont dénuées de sens puisqu’ils ont compris.
Si j’impose ou si j’exige sans logique ni cohérence, je sais que je vais vers un conflit et surtout vers un refus du travail, de réalisation.
Toute ma difficulté réside dans le fait qu’il va falloir malgré tout exiger que les compétences attendues soient développées.
Ce sont des enfants qui m’amènent très souvent au-delà de ce que j’avais prévu dans une séance. Mais j’essaie de répondre à leurs questions même si ce n’est pas le moment ou qu’ils le feront plus tard dans les classes supérieures.
Et je suis bien consciente que leur avidité à comprendre est épuisante et qu’ils m’épuisent !
Dans la même logique du sens, ils mettent souvent à l’épreuve les limites que je peux instaurer afin de s’assurer de leur valeur.


Troisième constat : s’adapter et respecter leur rythme d’apprentissage.

Ils ont compris bien souvent avant même que j’aie terminé. Cela m’impose de n’être ni lente, ni répétitive, ni parcellaire.
Surtout, que je ne leur donne pas davantage de la même chose. Mais que je leur propose rapidement une activité complémentaire ou que je leur permette de faire autre chose et parfois même de ne rien faire, tout en étant vigilante et en me donnant les moyens de vérifier qu’ils ont bien compris.
Une des plus grandes difficultés est de leur inculquer la notion d’effort et de travail personnels pour ne pas leur laisser penser qu’ils savent sans apprendre.


Quatrième constat : ne pas faire plus quantitativement mais aller dans la complexité…

… quitte à dépasser de loin le programme de l’année et accepter qu’ils aillent plus vite que moi dans les programmes car ils anticipent sur les savoirs à construire.


Cinquième constat : leur besoin de faire plusieurs choses à la fois.

Certains enfants surdoués ont besoin de faire plusieurs choses à la fois et il n’est pas rare de les voir triturer, dessiner, fabriquer, construire, voire lire en classe alors que je suis en train de parler. Je sais que certains d’entre eux ont besoin de cette poly-activité, qu’elle participe à leur attention. C’est pourquoi je les laisse faire (pas tous), ce qui n’est a priori, ni a fortiori, pas très courant dans une classe puisque certains enseignants ne supportent pas quand un enfant ne semble pas attentif et qu’il fait autre chose.


Sixième constat : ils sont des capteurs d’informations un peu surprenants.

Ils vont repérer le moindre dysfonctionnement et je pense que dans une journée de classe, dans une semaine de cours voire dans une année d’étude, les enseignants en ont tous. Si je donne aux enfants la possibilité de s’exprimer, si je ne verrouille pas leur spontanéité, si je sais reconnaître mes erreurs sans que mon « aura » d’enseignante qui détient le savoir ne soit écorchée, alors la confiance s’établit et mon travail peut modestement porter ses fruits.


Autres constats : une autre fois peut-être !!

Tout cela étant très personnellement dit, je sais aujourd’hui que :
Je n’aurais pas pu travailler avec ces enfants sans faire l’économie d’une réflexion personnelle sur mes propres pratiques.
Je n’aurais pas pu travailler avec ces enfants si je n’avais pas été volontaire.
Je n’aurais pas pu travailler avec ces enfants sans l’équipe qui m’entoure.
Je n’aurais pas pu travailler avec ces enfants si je n’avais pas été prête à changer, à travailler beaucoup, à douter parfois, à tâtonner souvent.
Mais que c’est fabuleux de travailler aussi avec eux.

* « zèbres » : appellation courante à l’école Sainte Marie Blancarde pour les enfants surdoués.


Florence Mainoldi

 

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