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Document de Nathalie Leo, Psychologue, publié avec son autorisation (Janvier 2002)

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INTERPRETATION DES SUB TESTS DU WISC

Lors de la discussion sur un forum d'aufeminin, nous avons commencé à aborder le sujet de l'analyse subtest par subtest. Il m'apparaissait intéressant, étant donné que certains de mes confrères psychologues ne poussent apparemment pas suffisamment leurs comptes rendus oraux/écrits sur le sujet de vous apporter des connaissances théoriques complémentaires à ce sujet. En effet, se limiter à un simple chiffre de QI (indice de développement de capacités intellectuelles mesurées par les tests) est réducteur et n'éclairent pas suffisamment le fonctionnement intellectuel mesuré.

Une remarque préalable : cette analyse subtest par subtest est une première étape, car dans un deuxième temps il importe (et c'est finalement le plus important) de mettre en lien les différents résultats pour avoir une vue plus globale et qualitative.
Alors commençons l'analyse :

L'Echelle verbale mesure les capacités de compréhension et de verbalisation d'une personne.

• Information : c'est à dire l'investissement et l'intégration des données culturelles et sociales (c'est à dire la culture générale), et qui manifeste autant l'influence du milieu culturel que du milieu scolaire, l'attention à la vie sociale, l'aisance verbale.

• Similitudes : ce subtest est relativement indépendant des influences socioculturelles et de l'adaptation scolaire. Très "saturé en facteur G" (général, c'est à dire finalement l'un des plus représentatif du potentiel intrinsèque d'une personne), il met en jeu la capacité de conceptualisation, de généralisation, de pensée catégorielle (en bref, la logique abstraite).
Le surinvestissement de cette épreuve témoigne des efforts tentés pour situer les objets dans une catégorie générale, d'un effort pour situer à tout prix les choses qui l'environnent pour compenser sa propre difficulté à se situer en tant qu'individualité indépendamment de trop de comparaison avec les autres enfants de son âge, la fratrie, etc. (c'est assez souvent le cas chez les enfants surdoués de par mon expérience).

• Arithmétique : met en jeu non seulement l'adaptation scolaire, mais aussi la capacité de représentation mentale de situations concrètes et d'opérations plus ou moins complexes. Il est très sensible à l'émotivité notamment en raison du chronométrage, mais aussi parce que les enfants le relient parfois fortement à l'école et s'ils ont une expérience négative de celle-ci, cela peut entraîner des angoisses. Chez les hauts potentiels en échec scolaire, quand on essaye de décortiquer la logique mathématique (puisque ce subtest mesure non seulement le calcul mental, mais aussi le logico-mathématique, il se présente sous la forme de problèmes à résoudre), il est arrivé une petite dizaine de fois que l'enfant se mette à pleurer car la charge émotionnelle était trop importante (et comme ces enfants sont hypersensibles...). Cette épreuve peut être chutée soit à cause de l'angoisse qu'elle fait surgir, soit parce que la représentation mentale n'est pas utilisée (à mettre en relation avec le résultat de Cubes et du subtest facultatif Mémoire des chiffres quand l'enfant doit redonner la liste des chiffres dans l'ordre inverse), soit que la représentation symbolique des chiffres a une valeur particulière pour l'enfant (par exemple, un enfant qui ne s'est pas senti compter pour les êtres qui lui sont chers, en premier lieu les parents, peut avoir du mal à apprendre à compter -et je parle de se sentir compter concrètement, s'il y a carence ou que l'enfant n'a pas pu ressentir l'intérêt et l'amour que ses parents lui témoignait du fait d'empreintes précoces ou psycho-généalogiques-).

• Vocabulaire : c'est à dire le champ lexical, la capacité à exprimer avec des mots précis sa pensée, à acquérir des connaissances et leur étendue générale, la facilité de verbalisation donc (très dépendant également du contexte scolaire et socioculturel).

• Compréhension : qui met en jeu le bon sens (relativement indépendant des acquisitions scolaires). Cette épreuve montre surtout les capacités d'adaptation pratique, d'intégration de l'éducation parentale et des normes sociales, des valeurs du groupe.

Information et Vocabulaire ont rapport avec l'expression verbale, le QI verbal montre le niveau d'expression oral, Vocabulaire a rapport au langage relationnel, Information a plus rapport a la communication au niveau du groupe.L'échelle Performance mesure les capacités d'organisation perceptive et visio-motrice.

• Complètement d'images : qui met en jeu les capacités de perception fine, l'attention au détail, à ce qui manque, l'impact de la réalité environnante.
Très réussie, cette épreuve peut signifier une grande vigilance, un attachement à la réalité, au détail, une maîtrise importante sur l'environnement. La question du manque est ici également posée (puisque c'est la phrase de la consigne).

• Code : utilise les capacités mnésiques (la mémoire plutôt visuelle), mais aussi la concentration, l'attention et surtout l'apprentissage (notamment le désir de réussir). Elle est très sensible à l'émotivité en raison du chronométrage (il s'agit de reproduire le maximum de code en 2 minutes) et c'est la seule épreuve qui fasse appel à l'aptitude graphomotrice (en dehors dusubtest facultatif Labyrinthes).

• Arrangement d'images : fait appel à l'aptitude à saisir une situation dans son ensemble, à la capacité d'ordonner logiquement et temporellement une situation concrète, à l'adaptation pratique et sociale, elle implique a minima le sens dela latéralité (finalement cela met en jeu le sens de l'observation, de l'analyse,la logique concrète et les repères dans le temps).

• Cubes : qui met en jeu les capacités conceptuelles d'analyse et de synthèse, de représentation mentale et d'abstraction. C'est la logique abstraite comme le subtest Similitudes, mais avec la notion de représentation mentale en plus la structuration spatiale, la latéralisation, les capacités d'orientation.

• Assemblage d'objets : qui fait appel à la structuration spatiale, la latéralisation, mais implique aussi le schéma corporel et l'image du corps. Notions de psycho à acquérir : le "schéma corporel" est la représentation schématique du corps réel, fondée sur des données sensorielles multiples, proprioceptives et extéroceptives. L'"image du corps" est la représentation du corps imaginaire, dont la construction s'effectue inconsciemment à partir des émotions et des sentiments éprouvés dans la relation physique que l'enfant a avec son entourage. La représentation mentale se retrouve dans les subtests Arithmétiques, Code et mémoire des chiffres (en ordre inverse), mais il faut une observation qualitative en plus des résultats pour savoir si cette sphère peut être moins investie (à moins que les chutes soit probantes, et encore...) Ces deux derniers subtests (Cubes et Assemblages d'objets) ont donc rapport auxréférences spatiales. Je vous livre un écrit de Simone Bourgès à ce propos :
"En dehors des difficultés d'origine instrumentale, un échec à ces épreuves peut manifester une carence ou des traumatismes vécus lors de la formation des références spatiales dans la première relation objectale. Une angoisse massive d'abandon ou de mort, liée au retour trop attendu du visage de la mère déjà reconnu, peut fortement altérer la structuration de la distance spatiale. Par la suite la structuration de l'espace à trois dimensions et de la latéralisation, se greffant sur les acquisitions antérieures reste déficitaire". L'auteur parle là d'échec, ce qui n'est pas le cas de résultats au-dessus 10 de note standard mais avec un écart à la moyenne interne de l'enfant, on peut à penser qu'un phénomène semblable (bien qu'a minima par rapport à la force des termes employés par Mme Bourgès) pourrait être à l'œuvre. Cela se retrouve souvent dans les cas où dans la famille (donc en remontant dans
le temps, au niveau de l'histoire des parents, donc question que cela soulève : votre propre mère était-elle "maternelle" ou avait elle des parasitages du fait de sa propre histoire par rapport au contact physique et visuel, bref, où pourrait il y avoir manque ?)
Sinon, peut être y a-t-il tout simplement quelque chose d'instrumental.Comparaison des échelles verbale et performance

Le décalage entre verbal et performance au détriment du performance peut également venir du fait que les épreuves de cette échelle sont chronométrées et non celle de l'échelle verbale (hormis Arithmétique surtout pour les dernièresquestions où il y a une bonification si la personne donne le résultat dans les 10 secondes). Donc on peut voir là le rapport au challenge, et la confiance en soi peut énormément jouer dans cette échelle car il est plus difficile de travailler la réassurance (de la part du psy) dans cette échelle qu'à l'échelle
verbale, où on peut creuser les réponses, être plus dans le relationnel.

Le code est assez symptomatique de cela car c'est l'une des épreuves qui est la plus sensible à l'émotivité (comme Arithmétique est celle qui y est la plus sensible dans l'échelle verbale, d'où d'ailleurs sur une étude statistique de l'APPSIS sur des centaines de protocoles de WISC, l'observation de courbes en V ou W avec chute à un ou les deux de ces subtests observées très fréquemment).
Le code met en jeu également le désir de réussir (un peu le sens du challenge) et est très souvent mis à mal quand il y a échec scolaire. Il faut également faire attention en observant les résultats avec Arithmétique et Mémoire des chiffres (épreuve optionnelle) qui permettent de voir s'il n'y a pas un problème avec les symboles chiffrés (la représentation symbolique des chiffres, dit-on chez nous :)). Comparer aussi avec Symboles (optionnel également) pour voir si avec moins d'écriture et de coordination visio motrice, le résultat n'est pas meilleur (cf le fait que l'attention et la concentration sont également mis en jeu par Code et que l'on retrouve la même consigne dans Symbole : en faire le max. en 2 minutes).

Cubes met en jeu très fortement la représentation mentale, donc une observation de la passation elle-même est importante, il est important d'observer la façon dont l'enfant s'est pris pour réaliser cette épreuve (par tâtonnement ? essai-erreur-réussite ? ou décompose-t-il la figure dans sa tète, versus représentation mentale, et met-il la bonne face du cube au bon endroit de façon efficace ? ou a-t-il l'intuition de la bonne réponse, mais tendance à changer de face au dernier moment (cf. manque de confiance en soi, avec derrière des messages internes ressemblant à "tu n'es pas capable") ? ou se cache-t-il une crainte de morcellement derrière (la crainte d'être fou par exemple peut favoriser ce phénomène, je précise que je ne parle pas de l'angoisse de morcellement que l'on retrouve dans la schizophrénie, mais quelque chose de très très a minima).

Assemblage d'objets est à mettre en relation avec mon propos sur l'Image du corps (mais comme vous l'avez vu, Assemblage d'objets n'est pas que cela).

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